Nouveau rapport, réel changement ?

Nouveau rapport, réel changement ?

Rapport sur la création du Conseil des collèges

Déposé le jeudi 23 mars dernier par Guy Demers et les membres du comité chargé de la consultation, le Rapport sur le projet de création du Conseil des collèges avait été commandé en juillet 2016 par la ministre de l’Enseignement supérieur, Madame Hélène David. Les auteurs proposent la création du Conseil des collèges et quelques modifications au Règlement sur le régime des études collégiales (RREC).
On peut se demander ce que fera le gouvernement de ces nouvelles recommandations. Rappelons ici qu’il s’agit de propositions issues d’un document de consultation ministériel, issu du rapport Demers, lui-même issu du Sommet sur l’enseignement supérieur… qui s’est tenu en 2013 ! Examiné à la lumière de notre vision de l’enseignement collégial public, le résultat de cette dernière consultation nous laisse quelque peu perplexes. Voyons voir !

Un nouveau Conseil des collèges pour une nouvelle vision du réseau collégial ?
On peut se réjouir, peut-être, de la création d’un Conseil des collèges dont la mission consisterait à « contribuer à l’amélioration et au développement du système d’enseignement collégial québécois à titre de service public œuvrant au bénéfice de la société québécoise ». La production d’analyses et de recherches sur des thèmes tels que la carte des programmes, la condition étudiante, les enjeux démographiques ou, encore, la formation à distance (thèmes d’études évoqués dans le rapport) sera certes à même d’alimenter les débats et d’offrir un accès à des données parfois difficiles à trouver pour l’ensemble du réseau.

Cependant, tout en saluant la volonté des auteurs du rapport de s’assurer de la représentativité des membres en termes d’appartenance sexuelle, régionale et ethnique, une recommandation que nous avions émise dans le mémoire déposé l’automne dernier auprès du comité, on peut déplorer la trop grande proportion de membres externes et la place accordée aux directions. Seulement deux postes sur quinze sont réservés à des enseignantes et des enseignants alors que l’on retrouve quatre postes pour des membres de la société civile et trois postes pour la direction (DG, DÉ et cadres). Enfin, comme les auteurs du rapport le soulignent d’ailleurs, aussi bonnes seront les recommandations du Conseil des collèges, encore faudra-t-il que le gouvernement réponde aux attentes du milieu et donne les moyens au ministère et aux cégeps de les mettre en œuvre !

Abolition de la CEEC… mais maintien de l’assurance qualité
Par ailleurs, le rapatriement d’une partie du mandat de l’actuelle Commission d’évaluation de l’enseignement collégial (qui serait abolie) au sein d’une Commission d’évaluation du Conseil des collèges a de quoi nous inquiéter. Rappelons ici que la FEC réclamait l’abolition de la CEEC dont les processus d’assurance qualité sont jugés lourds, invasifs et, finalement, contre-productifs. Une lourdeur que reconnaissent d’ailleurs les auteurs du rapport, recommandant que le rapatriement du mandat de la CEEC au sein du Conseil des collèges s’accompagne d’un réel effort pour « alléger les processus et les opérations demandées aux collèges »… tout en souhaitant maintenir une « culture d’évaluation » jugée trop fragile dans nos cégeps.

Modifications au RREC : des changements mineurs, mais la fragmentation se poursuit
Qui plus est, cette commission d’évaluation aurait le mandat d’évaluer la pertinence d’ajouter ou de supprimer des objectifs et standards des programmes de formation technique afin de mieux les arrimer aux besoins du marché du travail. Soulignons que la FEC s’est formellement opposée dans son mémoire à l’ajout de ces deux compétences et standards aux programmes techniques afin de protéger la valeur nationale du DEC et de préserver la mise à jour des programmes des seuls besoins immédiats des entreprises locales. Il serait plus opportun de trouver les moyens, au sein du ministère, pour que le processus de révision des programmes nationaux se fasse plus rapidement. La solution proposée ne nous semble donc pas répondre au problème initial, ne faisant que favoriser l’éclatement des programmes.

Les autres propositions de modifications au RREC contenues dans le rapport sont par ailleurs conformes à nos recommandations, notamment pour faciliter le passage à la formation continue à une personne titulaire d’un diplôme d’études professionnelles ou, encore de permettre aux personnes ayant interrompu leurs études de s’inscrire plus rapidement au collégial (délais de carence ramenés de 36 à 24 mois). Le rapport recommande par ailleurs de ne pas aller de l’avant avec le DEC par cumul de certificats et de ne pas décentraliser vers les collèges l’élaboration des modules de formation dans les programmes d’études techniques. Nous nous opposions d’ailleurs à ces deux mesures afin de conserver un diplôme national et de préserver la mobilité étudiante qui pourrait être entravée par l’existence de cursus trop variés d’un cégep à un autre. La mise en œuvre de ces dernières recommandations favorisera certes un meilleur accès à l’enseignement collégial, mais nécessitera un soutien accru auprès d’étudiantes et d’étudiants présentant des profils de plus en plus diversifiés.

Continuer à mettre de l’avant notre vision de l’enseignement collégial public
Comme nous l’avions souligné dans notre mémoire, si la création d’un Conseil des collèges et certaines modifications au RREC semblent pertinentes, les objets de la consultation reflètent mal nos priorités. À la suite de la vague d’austérité qui a diminué les services aux étudiantes et aux étudiants, le réseau collégial public a besoin d’un réinvestissement pour favoriser sa mission quant à l’accessibilité aux études supérieures sur l’ensemble du territoire, l’offre d’une formation large et citoyenne ou, encore, le rôle que les cégeps ont à jouer concernant le soutien au dynamisme social et culturel des régions. À cet effet, il faudra voir les effets réels du budget 2017-2018. Nous souhaitons également un meilleur encadrement d’une formation à distance qui se développe tous azimuts, un renforcement de notre autonomie professionnelle, ainsi qu’une réduction de la pression liée aux règles de reddition de compte. Enfin, il faut souligner que ces rapports successifs excluent un débat important quant à la place et au financement public des établissements privés. Des sujets qui pourront être remis de l’avant si un projet de loi est déposé prochainement pour faire suite à ces recommandations.


Lucie Piché, présidente FEC-CSQ
Consulter le mémoire de la FEC-CSQ : Des priorités à revoir. Nos positions pour l’enseignement collégial public