Une étude pour mesurer l’impact des universités en région

Une étude pour mesurer l’impact des universités en région

L’économiste et chercheur Marc-Urbain Proulx a ouvert un vaste chantier alors qu’il entend mesurer les impacts de la présence des constituantes du réseau de l’Université du Québec dans les régions où elles ont été fondées il y a 50 ans. Cette étude a pour objectif de recentrer ce que devrait être l’université de l’avenir et son rôle au sein des collectivités.

Le professeur a présenté devant le Groupe de recherche en intervention régionale de l’UQAC le grand cadre de cette recherche qui s’annonce ardue, mais qui, de son propre aveu, est d’un intérêt indiscutable pour l’avenir des régions du Québec. Certains constats sont plus faciles à réaliser puisqu’il s’agit de statistiques pures et dures sur les taux de diplomation, alors que d’autres sont plus complexes, car ils concernent des actions particulières auprès d’organismes publics ou même d’entreprises qui ont bénéficié des recherches menées par les professeurs.

Malgré le fait que la recherche en est à ses débuts, Marc-Urbain Proulx est déjà en mesure de tirer certains constats. Depuis 50 ans, le développement des constituantes de l’UQ s’est arrimé sur les grandes politiques de développement du Québec. « On est passé de la territorialité dès le début et nous avons transité vers des créneaux d’excellence. L’aluminium dans la région, le maritime à Rimouski ou les mines en Abitibi », résume Marc-Urbain Proulx.

En superposant ce qu’il voit dans les documents avec le dernier budget du gouvernement du Québec, l’économiste note que le ministre des Finances n’a pas fait état des créneaux d’excellence comme l’aluminium, le bois ou les mines. Aujourd’hui, souligne Marc-Urbain Proulx, l’État revient sur une certaine forme de territorialité avec le Plan Nord, la Boréalie et le Plan St-Laurent.

« En réalité, la spécialisation économique est devenue la principale orientation gouvernementale de développement régional. On cherchait à créer des systèmes productifs territorialisés qui, par l’interaction et l’échange soutenus qui, grâce à la proximité entre les acteurs, pourraient engendrer l’innovation et ses effets structurants », signale le chercheur.

Le bilan de cette « planification d’affaires » est mitigé selon les propos de Marc-Urbain Proulx. Le secteur de l’aluminium illustre assez bien ce propos, puisque le Saguenay-Lac-Saint-Jean, qui devait être la Vallée de l’aluminium, a rapidement perdu ce titre alors que c’est aujourd’hui tout le Québec qui est désigné comme pôle de l’aluminium. Globalement, Marc-Urbain Proulx considère que nous sommes en présence de « résultats relativement modestes ».

Malgré les problèmes reliés à la disponibilité d’information, les premiers constats font ressortir une augmentation au fil des ans de liens entre des initiatives et des engagements sociaux entre les universités régionales et leur milieu. Ces retombées sont également perceptibles dans les secteurs politique et culturel, même si elles sont encore plus difficiles à mesurer.

« Il existe clairement une importante imbrication entre les universitaires et leur milieu par la livraison de conférences, l’offre d’avis formels, la participation à des conseils, associations ou tables de comités d’exports du milieu », ajoute le chercheur avec des données pour appuyer cette évaluation.

Si l’étude identifie des éléments plus négatifs comme les résultats associés à la mise en place de la « planification d’affaires », Marc-Urbain Proulx relève des transformations intéressantes dans le réseau des universités régionales. Au fil des ans, avec le développement de la recherche, les constituantes ont vu naître une multitude de chaires de recherches dans des domaines diversifiés. Ce sont, selon l’économiste, des secteurs de recherche de niche qui pourraient être porteurs dans le futur. Il a cité en exemple toutes les recherches reliées à la boréalie (agriculture nordique, etc.).

Les travaux s’attarderont d’autre part à des éléments essentiels comme l’effet de ces choix de développement des universités sur d’autres secteurs plus traditionnels comme la santé et l’éducation qui représentent un important noyau au sein des institutions.

Cette vaste recherche se poursuivra au cours des prochains mois. Marc-Urbain Proulx n’a aucune objection à ce que ses travaux permettent de nourrir ceux réalisés par le vice-recteur à l’enseignement Mustapha Fahmi dont le comité qu’il préside a réalisé une importante réflexion sur ce que devait être l’université de demain.

Taux de diplomation

Le taux de diplomation est un indicateur majeur pour mesurer les performances d’une université. L’UQAC diplôme aujourd’hui 10 fois plus d’étudiants que lors de ses premières années d’existence.

Par contre, malgré ce gain appréciable, le taux de diplomation universitaire dans la région est de l’ordre de 17 % alors que la moyenne provinciale atteint 30 %. Pour le chercheur Marc-Urbain Proulx, il faut trouver les raisons qui expliquent cette différence, tout en tenant compte que la région est propice pour l’apprentissage des métiers comme choix pour les jeunes.

Budgets pour la recherche

La fluctuation sur les budgets alloués à la recherche dans les universités régionales allume une lumière rouge alors que l’économie d’une région comme le Saguenay-Lac-Saint-Jean démontre des signes de ralentissement inquiétants.

Les données disponibles confirment que de 2011 à aujourd’hui, les budgets alloués à la recherche dans les établissements de l’UQ sont passés de 134 M $ à 77 M $. Pour l’UQAC, pendant la même période, les budgets de recherche sont passés de 26 M $ à 16 M $.


Un article de Louis Tremblay publié le 1er avril 2017 pour Le Quotidien
Tiré de http://www.lapresse.ca consulté le 28 avril 2017
Photo: Archives Le Quotidien, Rocket Lavoie