Pourquoi des États généraux de l’enseignement supérieur?

Pourquoi des États généraux de l’enseignement supérieur?

Il serait facile, voire plus simple, de baisser les bras et d’abandonner face à la montée du fondamentalisme managérial, que de combattre cette tendance qui s’incruste de plus en plus profondément dans tous les secteurs de l’éducation. De moins en moins collégiale et de plus en plus néolibérale, la gouvernance tend maintenant plutôt vers le profit, l’efficience, la performance et la compétition que vers la création et la diffusion du savoir, un savoir libre, démocratique et gratuit. L’éducation « humaniste », celle qui vise, entre autres, à faciliter l’intégration citoyenne, le développement de soi et le progrès social, est en perte de vitesse un peu partout dans le monde. Elle est progressivement remplacée par une éducation toute proche des besoins des entreprises. Cette adéquation « formation-emploi », bien qu’elle ait sa place, répond aux pressions des entrepreneurs et du privé, aux dépens des besoins de la société. Comment s’opposer, ralentir voire renverser ce mouvement ? Nous croyons qu’une des solutions se trouve dans le travail en coalition. La Réponse mondiale à la privatisation et la marchandisation de l’éducation (RM), mise de l’avant par l’Internationale de l’éducation, est un exemple de ce qui se fait à l’international. L’organisation d’États généraux de l’enseignement supérieur au Québec est un exemple local que je souhaiterais vous présenter ici.

En 2012-2013, le gouvernement du Québec a organisé un sommet de l’enseignement supérieur. La FNEEQ, à l’instar d’autres acteurs en enseignement supérieur, y a participé. Nous savions pertinemment que le gouvernement de l’époque cherchait, notamment, à se faire du capital politique avec cet événement qui servait aussi à sortir de la crise sociale qu’a été le Printemps érable de 2012. Quelques mois plus tard, dans la cadre d’une instance fédérale, la FNEEQ recevait le mandat d’organiser des États généraux de l’enseignement supérieur, le tout avec le plus grand nombre possible de partenaires des secteurs universitaires et collégiaux. Le premier défi était donc de créer cette vaste coalition. Graduellement, grâce à plusieurs activités, toutes axées sur les divers secteurs de l’enseignement supérieur, la coalition a pris forme. Notre premier véritable test a été l’organisation de l’Espace éducation dans le cadre du forum social mondial de Montréal en août 2016. Lors du bilan, très positif, de ce travail collectif, nous avons présenté notre projet d’États généraux aux partenaires de l’enseignement supérieur. Les discussions ont été longues, parfois hasardeuses, et il a fallu laisser le temps faire son travail pour établir un climat de confiance. Si les intérêts étaient diversifiés, ils n’étaient pas incompatibles et l’ensemble des acteurs a rapidement reconnu l’importance de se porter collectivement à la défense de l’enseignement supérieur. Le projet a ainsi pris forme.

Les États généraux de l’enseignement supérieur (ÉGES) se tiendront du 18 au 20 mai 2017 à l’Université Laval, à Québec. C’est un événement unique, voire historique. Il est impossible de trouver trace d’un tel événement, non partisan, libre, ouvert, gratuit et citoyen, dans l’histoire récente du Québec. Les ÉGES sont organisés par des syndicats d’enseignants, d’employés de soutien et de professionnels, des associations étudiantes, des groupes communautaires ainsi que d’autres organisations intéressées à l’enseignement supérieur. Les objectifs qui font consensus sont les suivants :

  1. Créer un espace de débat et de réflexion autour des enjeux en enseignement supérieur;
  2. Se servir de cet évènement pour remettre à l’ordre du jour certains enjeux, tels que : la gratuité, l’aide financière aux étudiants-es, la marchandisation, l’assurance qualité, le financement (mal financement, sous-financement, définancement), la gouvernance, l’éducation populaire et la formation continue, l’accessibilité, la recherche, la tâche enseignante, etc.;
  3. Créer ou renforcer les liens avec d’autres organisations qui œuvrent en éducation pour partager nos analyses et unir nos actions et faire de l’éducation une priorité nationale;
  4. Débattre des solutions qui correspondent à notre vision de l’enseignement supérieur et des conditions nécessaires à sa réalisation;
  5. Prévoir un plan d’action et mobiliser la société québécoise pour faire pression sur les pouvoirs politiques pour aller dans ce sens.

Enfin, comme nous aurons des élections provinciales en octobre 2018, les organisations souhaitent utiliser ce premier rendez-vous comme levier politique. Bien qu’imparfaite, cette démarche donne d’emblée une voix à la communauté de l’enseignement supérieur, une voix qu’elle n’avait pas avant. Les nombreuses discussions entre les différentes organisations ont facilité l’identification de luttes communes. Il reste à espérer que ce grand rassemblement nous permettra d’aller plus loin que les consensus et que nous pourrons, ou ferons le choix, de nous donner les moyens de mener nos luttes. Car s’il est vrai que l’éducation est menacée, il est tout aussi vrai qu’une opposition concertée a plus de chance de réussir. Nous sommes toujours plus fort unis que divisés.


Par Sylvain Marois, Vice-président regroupement université, Fédération nationale des enseignantes et enseignants du Québec (FNEEQ-CSN)
https://www.unite4education.org/fr/la-reponse-mondiale/etats-generaux-de-lenseignement-superieur/ consulté le 28 avril 2017

Photo: Gettyimages